La Princesse
Publié par admin dans Souvenirs, tags: brioche, colocation, étudiant, l'Auberge espagnole, machine à pain, Nutella, pizzaJe n’ai jamais été une experte en cuisine, encore moins pour ce qui concerne les appareils électroménagers. Il faut dire que ma mère a toujours été intimement persuadée que la seule bonne cuisine se fait à l’huile de coude. Encore aujourd’hui, elle bat les blancs d’œufs à la main et écrase les légumes pour la soupe avec un presse-purée mécanique. Je me souviens encore d’un séjour de vacances chez ma tante au cours duquel je fis cette découverte extraordinaire : il existait des appareils magiques qui permettait de confectionner de succulentes meringues sans choper une tendinite au poignet !
Lorsque j’ai pris mon indépendance, j’ai bien fait quelques menus achats (mixer, grille-pain…) mais sans trop de conviction, plutôt dans le but d’être prête le jour où, par miracle je déciderais de me mettre sérieusement à la cuisine. Mais je fais toujours preuve d’une certaine réticence envers tout ce qui est électroménager. D’ailleurs, aucune personne censée de mon entourage ne se risquerait à m’offrir un pareil présent que ce soit pour mon anniversaire, Noël, ma fête ou toute autre occasion, ils auraient trop peur de ma vengeance impitoyable ……
Toutefois, pour être totalement sincère, il existe un ustensile ménager que j’ai jadis adulé, vénéré, à qui j’ai voué un culte et chanté des incantations. A ma décharge, il faut dire que cette douce folie ne concernait pas que moi : nous étions tout un petit groupe totalement sous le charme. Laissez-moi vous conter cette histoire.
Quand j’étais étudiante, j’ai vécu quelques années en colocation dans une grande maison que le propriétaire louait à des étudiants. Nous avions chacun notre chambre ; la cuisine, salle de bain, salle à manger étaient communes. Lorsque vous lisez ces mots, vous vous imaginez certainement une ambiance style l’ « Auberge espagnole » pleine de chamaillerie et de fou rires mais la vérité est que nous en étions loin. Chaque locataire étudiait un domaine différent et nous nous connaissions très peu. Le soir, nous sortions chacun de notre côté ou nous nous enfermions dans nos chambres pour travailler. Les repas étaient pris en solitaire sur un coin de table et nos communications se limitaient souvent à des billets laconiques : « Les toilettes sont bouchées » ou « Prière à celui ou celle qui a mis ses yaourts sur mon étagère de frigo de les enlever tout de suite ! » Tout ça changea avec l’arrivée de Magali.
Magali était une jeune alsacienne souriante et dynamique. Elle débarqua un beau matin avec ses affaires et nous l’aidâmes à porter tout son barda dans sa chambre. Elle se rendit ensuite dans la cuisine avec une boîte qu’elle portait précautionneusement. A l’intérieur, un objet était emballé dans ce qui me sembla être une tonne de papier bulle. Magali le retira aussi doucement que si une bombe y était enveloppée. Ce luxe de précaution finit par nous intriguer et nous nous approchâmes afin d’examiner le trésor. Nous pensions qu’il s’agissait de quelque bijou rare et cher. Notre déception fut donc d’autant plus forte quand nous vîmes qu’il s’agissait d’un appareil blanc tout ce qu’il y a de plus ordinaire qui ressemblait à une petite poubelle.
« Je vous présente ma Princesse » dit Magali avec le ton plein de fierté d’une mère évoquant son nouveau-né. Immédiatement, elle se mit à nous faire l’éloge de cette merveilleuse machine. Nous l’écoutions d’un air goguenard et sceptique sans nous douter combien ce noble objet allait bouleverser nos existences.
La révolution commença dès le lendemain. La Princesse transforma radicalement nos matins jusqu’ici pénibles et grognons. Désormais, dès six heures et demi, une délicieuse odeur de pain chaud s’infiltrait sous les portes de nos chambres et nous réveillait. Nous descendions alors à la cuisine où des miches croustillantes et moelleuses nous attendaient. Le plaisir variait chaque jour : pain à la banane, aux abricots, petit pain au lait… car Magali disposait de répertoire inépuisables de recettes de pains différents. Grâce à la Princesse, se lever devint une sinécure et les professeurs durent se demander par quel miracle une poignée d’étudiants connus pour leur retards répétés, étaient à présent devenus des modèles de ponctualité.
Mais le changement ne s’arrêtait pas là. En effet, la Princesse possédait encore bien d’autres talents. Elle pouvait créer de succulentes brioches qui fondaient dans nos bouches ébahies. Nous adoptâmes dès lors très rapidement la coutume britannique du thé de 17 h accompagné de cette merveilleuse pâtisserie.
La Princesse avait aussi le don de fabriquer de délectables pizzas et il n’était pas rare à l’heure du dîner de voir quelques étudiants sortir de leur chambre et, par l’odeur alléchés, entrer dans la cuisine sous le premier prétexte venu (« Je cherche mon bouquin d’économie, tu ne l’aurais pas vu ? »), s’attarder et, n’y tenant plus, demander finalement : « Il reste un bout de pizza pour moi ? » Petit à petit, dîner devint synonyme de rencontres, convivialité et les repas solitaires se firent de plus en plus rares.
Mais la Princesse fut surtout à l’origine d’une tradition qui resta dans les annales de la maison au point d’en être encore un sujet de conversation des années plus tard : les soirées télé-Nutella du jeudi soir. Chaque jeudi à cinq heures de l’après-midi, Magali programmait la merveille. A neuf heures précises, un gros pain tout chaud nous attirait. Nous le portions alors solennellement dans la salle à manger avec le pot de Nutella et le beurre de cacahuètes, délice que nous avait fait découvrir un étudiant américain. Nous confectionnions d’énormes tartines de ce mélange divin que nous dégustions devant le petit écran. Ces orgies (oh époque bénie à laquelle une demi-journée de diète suffisait à retrouver l’équilibre sur la balance) étaient notre plaisir de la semaine. Nous en parlions tous les jours, nous nous pourléchions les babines rien que d’y penser…
C’est ainsi qu’une simple machine à pain réussit à créer des liens de partage et d’amitié entre des jeunes gens qui sans elle, se seraient contentés de se dire bonjour en se croisant par hasard dans la maison.
Et quand je repense à ces moments bénis, l’envie me titille parfois d’acheter une de ces machines, collègue de celle qui m’a procurée tant de bien-être, il y a quelques années. Toutefois, j’hésite encore à franchir le pas. Un jour, peut-être…

PS : Cet article constitue ma participation au concours très original organisé par Electromenagere
PPS : En lisant ces lignes et si vous avez été assez courageux pour aller jusqu’au bout, vous devez vous demander pourquoi je ne suis pas encore entrée en possession d’un de ces incroyables appareils. La raison en est simple : je suis persuadée que dominer ce genre de machines demande un doigté particulier, un don que je ne possède absolument pas. Si j’en suis si convaincue, c’est que la Princesse fut également un soir à l’origine d’un drame qui nous prouva combien il était présomptueux de croire qu’un simple mortel pourrait soumettre un tel objet aristocratique à sa volonté. Seule une poignée d’élus, dont Magali faisait partie, pouvaient dresser une telle machine et en extraire ces mets exquis. Mais ceci sera l’objet de l’article de demain.
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T’as raison, je n’ai jamais réussi à dompter la mienne de machine à pains. Du coup, je longe la mer et je vais à la boulangerie, c’est sympa aussi! Sinon je suis comme ta mère, je monte les blancs en neige à la main, ainsi que la mayo et je fais la purée à la fourchette.
Oulala, ton article m’a donné faim. Je descends à la cafet me prendre une viennoiserie avec mon café!!
Mon dieu j’ai l’eau à la bouche ! Par contre tu as raison les pains faient avec ces machines ne sont pas toujours bon , il faut le doigté !!! Et piège aussi tu mange beaucoup plus de pain ….quand il est bon !
Purée, c’est la 1ère fois que tu écris autant
Elle devait vraiment être douée … perso je ne suis pas fan de la cuisine des Princesses de ce genre ^^ …
C’est sympa les machines à pain… mais en fait je connais peu de gens qui ont tenu longtemps. En général après quelques mois ça lasse…
M.
A cause de toi j’ai envie de pain !!!!
@ Electroménagère : moi aussi.
Wow, j’aime bien ce texte.
Et bah j’ai tout lu, et j’ai essentiellement retenu les mots brioches, nutella, beurre de cacahuète….Tiens je vais relire j’ai encore faim :)))
J’en ai une moi, qui fait une brique de pain sans croûte que si elle te tombe sur le pied, tu risque la fracture… Je confirme, il faut un savoir faire
Je n’ai jamais réussi un pain, même avec la farine toute prête ! Du coup, je songe à revendre ma MAP !
Par contre, à la différence de toi, je me suis suréquipée en matière d’engins de cuisine, je suis fan de tout ce qui est robot, cuiseur vapeur, grill et autres machines en tout genre !!! Je pourrais nourrir une famille nombreuse si je veux
@ Aude : et moi qui croyais que ma mère était la seule à faire encore ce genre de choses !
@ sylvain : j’espère que tu t’es régalé !
@ lagrengren : oui, ça aussi, je m’en étais rendu compte. Je crois que nous avions tous pris quelques kilos quand la Princesse était là.
@ Miss Brownie : attends demain, ça va être pire !
@ ZesteDeCitron : oui, elle avait un don.
@ M. : c’est vrai que ça demande beaucoup de travail.
@ Electroménagère : à cause de toi, j’ai écrit cet article !
@ Angie : merci.
@ Océane : tu as retenu l’essentiel, alors !
@ Solveig : tu peux l’utiliser pour tes travaux de maçonnerie, alors…
@ Harlequin Girl : tu n’es pas la seule, moi non plus, je n’ai jamais réussi à faire un pain mangeable avec la machine.
J’ai adoré ton histoire! Les orgies au nutella (ahummm :p)
[...] Roxane Virginie B Petit Citron Upset Diary Troisième étage à droite Au plus clair de la lune Natacha Cline 36 Lise Mme de Cons Melle Gima Petite Fée Véro Julie Mamzelle Cat Maman Nashii Lili [...]
Tu veux rire, c’est simplissime d’utilisation. Un peu d’eau, un sachet tout prêt … et hop, c’est fini !!!
J’ai moi même une princesse à la maison. Je ne l’ai pas utilisée depuis longtemps mais tu m’aurais presque donner envie de la ressortir du placard ! et rassure toi, c’est vraiment vraiment smple à utiliser ;o)
Je suis un peu comme toi : les appareils électroménagers sont difficilement apprivoisés chez moi!…
Mais ton histoire de petits pains frais au réveil donne très envie!… Presque je sentais les odeurs en te lisant!…
Dans mon village plus de boulangerie plus de commerce d’ailleurs et faire 16 kms aller et retour pour avoir du pain c’est pas très pratique le matin donc achat d’une MAP, bon le pain est correct sans plus … rien à voir avec du pain artisanal cuit au feu de bois ! Mais contrairement à ce que tu penses cela fait 1 an que je le fais maintenant moi qui croyais qu’au bout de quelques semaines j’allais abandonner mais c’est la situation qui fait que … !
@ Lolotte : c’est vrai, il existe des sachets tout prêts ?
@ Till the cat : avec moi, même les appareils les plus simples à utiliser tournent au cauchemar !
@ Evilysangel : moi, j’avais l’eau à la bouche en écrivant.
@ comme-ci comme cat : oui, évidemment quand on n’a pas le choix…
Très sympa cet article! Je ne suis pas fan des MAP mais c’est probablement parce que je n’ai jamais connu de Magalie
@ Malira : je confirme, la MAP seule ne suffit pas, il faut également quelqu’un qui sache s’en servir et te faire découvrir les merveilles qu’on peut en tirer…